Peindre ou enduire ses murs avec des matériaux naturels, ce n’est pas réservé aux artisans. Chaux, argile, pigments, caséine, huile de lin : ces ingrédients simples permettent de préparer soi-même badigeons, peintures et enduits, comme on le faisait déjà à l’époque romaine. Moins chères que les produits industriels, sans solvants ni composés de synthèse, ces recettes ont aussi l’avantage de laisser les murs respirer.
Dans cet article, on vous montre comment préparer plusieurs recettes classiques à la maison, et on vous dit aussi quand il est plus simple (et parfois plus fiable) de passer par des matières premières ou des produits prêts à l’emploi qu’on trouve en magasin spécialisé.
Pourquoi fabriquer soi-même ses peintures et enduits naturels
Trois raisons reviennent le plus souvent chez les personnes qui se lancent :
- L’économie. La chaux, l’argile et les pigments coûtent nettement moins cher que des peintures ou enduits décoratifs vendus tout prêts.
- La santé et le respect du bâti ancien. Ces matériaux sont perspirants, c’est-à-dire qu’ils laissent les murs échanger l’humidité avec l’air, ce qui convient bien aux constructions en pierre, en pisé ou en pan de bois.
- La personnalisation. On dose soi-même la teinte, la texture et l’effet recherché, ce qu’un pot de peinture standard ne permet pas.
À l’inverse, ces recettes demandent un peu de rigueur : bien noter ses proportions, faire des essais avant de peindre tout un mur, et respecter les temps de séchage propres à la chaux.
Le badigeon de chaux, la recette la plus accessible
Le badigeon de chaux est la base historique des enduits décoratifs en France, utilisée depuis l’Antiquité sur les façades comme à l’intérieur.
Les ingrédients de base :
- de la chaux aérienne (en poudre ou en pâte)
- de l’eau
- des pigments naturels (ocres, terres) ou des oxydes
Le dosage indicatif le plus courant est d’environ un volume de chaux pour un à deux volumes d’eau, avec 10 à 25 % de pigments par rapport au poids de chaux. Ce sont des repères de départ : les proportions exactes varient selon le support et l’effet recherché (aquarelle, glacis, patine), donc mieux vaut toujours tester sur une petite surface avant de se lancer sur tout un mur.
Pour un badigeon d’extérieur, on ajoute généralement un fixateur (caséine ou sel d’alun) pour renforcer la tenue face à la pluie et aux UV, et on peut se tourner vers une chaux hydraulique naturelle (NHL) plutôt qu’une chaux purement aérienne, plus résistante à l’humidité.
Point de vigilance : la chaux vive et la chaux aérienne en pâte sont irritantes pour la peau et les yeux. Gants et lunettes de protection sont indispensables.
La peinture à l’argile, pour une finition mate et chaleureuse
L’argile fait une peinture naturelle mate, sans solvant et sans odeur, particulièrement adaptée aux chambres, bureaux et séjours.
Une recette simple consiste à mélanger de l’argile en poudre avec de l’eau, en laissant l’argile « gonfler » quelques minutes avant de remuer, puis à ajouter un liant (colle de farine, caséine ou lait) pour renforcer l’accroche au support. Certaines argiles sont déjà colorées naturellement (grises, ocres, roses selon leur origine), donc l’ajout de pigment reste facultatif.
L’argile s’applique en une à trois couches selon la régularité du support, avec une sous-couche adaptée toujours recommandée sur bois, plâtre ou OSB.
La peinture à la farine, dite peinture suédoise
Utilisée depuis des générations dans les pays scandinaves, cette peinture est appréciée pour son faible coût et sa capacité à vieillir sans s’écailler : pas besoin de tout poncer avant de repasser une couche.
Les ingrédients de base :
- de la farine de blé
- de l’eau
- de l’huile de lin (liant et protecteur du bois)
- du savon noir (pour la texture et faciliter l’application)
- du sulfate de fer (protection anti-nuisibles pour l’extérieur, facultatif en intérieur)
- des pigments naturels (ocres, terres)
Le principe de préparation consiste à cuire la farine avec un peu d’eau froide, comme une béchamel, puis à délayer progressivement le reste de l’eau chaude jusqu’à obtenir une consistance homogène et un peu épaisse. On incorpore ensuite l’huile de lin, le savon noir et les pigments, et on laisse cuire doucement encore quelques minutes pour que le mélange se lie bien. Une base courante donnée par plusieurs praticiens est d’environ 300 g de farine pour 3 litres d’eau, avec 300 ml d’huile de lin et la quantité de pigments ajustée à la teinte recherchée : à titre indicatif, ce sont des repères à affiner selon vos essais.
Cette peinture convient aussi bien au bois (volets, portails, bardages) qu’à des supports intérieurs comme le placo ou le béton, à condition que le support soit propre, sec et non recouvert d’une ancienne peinture glycéro. Comptez un entretien tous les un an et demi à deux ans en extérieur.
Point de vigilance : le sulfate de fer demande des précautions de manipulation et de stockage, à tenir hors de portée des enfants.
Si vous préférez utiliser un kit tout prêt, nous vous proposons les Kits de Ocres de France.
La peinture au lait ou à la caséine
Plus ancienne encore, cette peinture existe depuis plusieurs siècles et reste très employée sur meubles, boiseries et murs à supports poreux (plâtre, brique, pierre, enduits terre).
Les ingrédients de base :
- du lait écrémé (ou de la caséine en poudre déjà prête)
- du vinaigre blanc (pour faire cailler le lait et isoler la caséine)
- du blanc de Meudon (charge et base de couvrance)
- des pigments naturels
Le principe de préparation, quand on part du lait, consiste à le faire chauffer doucement avec un peu de vinaigre blanc jusqu’à ce qu’il caille, puis à filtrer pour récupérer le caillé (la caséine). On mélange ensuite ce caillé avec de l’eau, le blanc de Meudon et les pigments. Une proportion courante donnée par plusieurs sources est d’environ un demi-litre de lait pour 150 g de blanc de Meudon et 150 ml d’eau, ce qui permet de couvrir 5 à 6 m² : là encore, ce sont des repères de départ, à ajuster selon la consistance et l’opacité voulues.
Pour éviter l’étape du caillage, on peut aussi partir directement de caséine en poudre, en la diluant dans l’eau selon les indications du fournisseur avant d’y ajouter les pigments. C’est la solution la plus simple pour obtenir des résultats réguliers sans multiplier les essais.
Autres recettes traditionnelles à connaître
Une fois la chaux, l’argile, la farine et le lait maîtrisés, d’autres recettes du même esprit permettent d’élargir sa palette :
- L’huile de lin et le savon noir, utilisés seuls ou en mélange comme finition protectrice et déperlante sur des enduits à la chaux ou des boiseries.
- Le stuc et le tadelakt, des techniques décoratives à base de chaux plus techniques, qui demandent de l’entraînement avant de s’attaquer à une grande surface.
Ce qu’on trouve en magasin pour préparer ces recettes soi-même
Si vous voulez vous lancer, il n’est pas nécessaire de tout deviner ou de partir d’ingrédients de fortune. On trouve en magasin de matériaux spécialisé les matières premières nécessaires à ces recettes :
- de la chaux aérienne ou hydraulique naturelle en poudre ou en pâte ,
- des pigments et terres colorantes pour teinter badigeons, enduits et peintures maison,
- des adjuvants dosés (caséine en poudre, sel d’alun, blanc de Meudon) pour sécuriser la recette quand on n’a pas l’habitude de les manier soi-même,
- de l’huile de lin et du savon noir pour les finitions, la peinture à la farine et l’entretien.
Pour la peinture à la farine et la peinture au lait, l’essentiel (farine, lait, vinaigre) se trouve directement dans votre cuisine : c’est justement ce qui rend ces recettes accessibles. Nous complétons avec les ingrédients plus spécifiques (pigments, huile de lin, caséine en poudre, sulfate de fer).
L’intérêt de passer par ces matières premières plutôt que par des produits improvisés, c’est de connaître précisément ce qu’on met dans son mélange, et d’avoir un interlocuteur pour ajuster la recette selon votre support.

Et pour ceux qui préfèrent un produit prêt à l’emploi
Toutes les personnes qui viennent nous voir n’ont pas le temps ou l’envie de doser elles-mêmes leur badigeon. C’est tout à fait légitime, d’autant que certains produits prêts à l’emploi offrent une composition maîtrisée et un résultat régulier, avec une notice claire pour l’application. Nous proposons par exemple des enduits et badigeons de chaux prêts à peindre, ainsi que des peintures prêtes à l’emploi (gamme Keim et Nature et Harmonie), pour celles et ceux qui veulent le rendu naturel de la chaux sans passer par l’étape du dosage.
Un point de vigilance réglementaire : l’étiquetage des peintures
Depuis le 1er septembre 2013, l’étiquetage des émissions de composés organiques volatils (COV) est obligatoire en France sur les peintures, vernis, colles et autres produits destinés à un usage intérieur. Le niveau d’émissions est indiqué par une lettre allant de A+ (émissions très faibles) à C (émissions fortes), affichée sur l’emballage. Cette réglementation s’applique aux produits prêts à l’emploi achetés dans le commerce ; elle ne concerne pas les recettes que vous préparez vous-même à partir de matières premières naturelles.
En résumé
Fabriquer soi-même son badigeon de chaux, sa peinture à l’argile, sa peinture à la farine ou sa peinture au lait est accessible, économique et gratifiant, à condition de respecter quelques proportions de base et de toujours tester avant d’appliquer sur une grande surface. Pour les matières premières (chaux, pigments, adjuvants, huile de lin) comme pour les produits prêts à l’emploi, notre équipe à Baud est là pour vous conseiller selon votre support et votre projet.



